Vendredi 06 février, Aurore Renaut, directrice de l’IECA, a animé une rencontre avec le réalisateur de documentaire Vincent Glenn. Ce dernier a parlé de sa relation avec son père, Pierre-William Glenn, l’un des plus grands directeurs de la photographie.

Lors de cette rencontre, un extrait de la Masterclass, que Pierre-William Glenn avait donné en 2017 à l’IECA, a été diffusée.

Le soir, il a présenté au Caméo Commanderie son film Dis pas de bêtises (2025), réalisé avec son père, et présenté à Cannes Classics 2025.

👇Retrouvez ci-dessous quelques extraits marquants de cette Masterclass.

Le cinéma du point de vue de Vincent Glenn

 Vincent Glenn : « Souvent, la question du monde du cinéma, c’est un monde dans lequel on imagine qu’il faut rentrer. Parce que, si vous voulez travailler dans le cinéma, on dit « dans le cinéma », ça veut dire qu’il faut à un moment donné être reconnu, identifié et puis petit à petit avoir une activité professionnelle qui est elle-même reconnue, identifiée, qui fait qu’on peut vivre de ça, même en tant qu’intermittent du spectacle. Alors que moi, je ne l’ai pas abordé comme ça parce que, je suis tombé là-dedans, j’ai plutôt eu tendance à essayer de « me barrer » de ce monde. »

Aurore Renaut : « Mais « se barrer » en faisant l’école Louis Lumière ? »

Vincent Glenn : « Alors « se barrer » en faisant l’école, oui. On gère tous nos contradictions. »

Le cinéma, tout un art

Vincent Glenn : « Moi ce n’était pas du tout son métier qui m’intéressait. Mais en revanche depuis petit, enfin depuis assez jeune, j’avais un père qui m’expliquait qu’il n’y avait pas d’art sans technique. C’est difficile de jouer du piano si on n’a pas un peu appris le piano. C’est difficile de parler si on n’a pas un peu appris la langue. C’est difficile de faire des images si on n’a pas un peu appris comment on fait des images. Donc ça c’était très tôt. Et donc très tôt, ça m’est apparu comme un langage. C’est une façon de parler, en fait, de faire des films. C’est un mode d’expression, au même titre que la sculpture, la peinture, etc. Et donc, voilà, il y avait cette chose un peu basique qui était si tu veux écrire, apprends à écrire, apprends l’alphabet, apprends la grammaire, apprendre l’orthographe, etc. Et si tu veux parler en cinéma, apprendre le cinéma, apprends son langage, et c’est un langage qui est complexe. C’est complexe parce que vous devez maitriser à la fois la dimension de l’image au sens le plus pictural. C’est de la peinture, le cinéma, mais c’est aussi une forme de sculpture parce qu’il y a du relief. C’est aussi en rapport à une musicalité, un rythme. Il peut y avoir la littérature qui rentre là-dedans, parce que ça joue avec les mots, si on veut. Et il y a l’aspect architectural, qui est un peu l’équivalent du montage. Le montage c’est une architecture, c’est une construction. Donc il y a toutes ces écritures, entre guillemets, à maitriser en même temps. »

L’entrée de Vincent Glenn à l’école Louis Lumière vue par son père

Vincent Glenn : « Une question que j’ai posée à mon père c’est « Est-ce que c’est une bonne idée de faire cette école Louis Lumière selon toi ? ». Il m’a dit « Oui, précisément, parce que ça te permettra de faire toutes les erreurs, il faut en profiter. » Je vous dirai la même chose aujourd’hui, il faut profiter d’être à l’école pour faire toutes les erreurs, les bêtises, les essais, etc. Parce qu’après, dès qu’on rentre dans le milieu professionnel, on n’a plus trop le droit de faire des erreurs. Donc il m’incitait, « Vas-y, essaye, c’est les moments les plus libres parce qu’on peut essayer toutes sortes de trucs, juger, critiquer, évaluer, etc. Mais on ne risque pas d’être virés d’un plateau, parce qu’on a fait des bêtises. »

Précurseur dans l’utilisation du steadycam en Europe

Vincent Glenn : « C’est lui (Pierre-William Glenn) qui a amené le steadycam en Europe. C’était déjà pratiqué aux Etats-Unis, mais lui, il l’a fait venir en Europe. Et il a utilisé pas mal cette esthétique d’être avec les personnages. […] Maintenant ce n’est plus du tout pareil. On peut le faire avec un petit outil qui est un peu moins physique. »

 

Pierre-William Glenn, anticonformiste

Vincent Glenn : « Mon père était un personnage assez transgressif. Par exemple, il n’a jamais fumé de sa vie et quand le fait de fumer était interdit dans les lieux publics, il a commencé à fumer. Du coup, il y avait des trucs qui ne se faisaient pas, il disait « et bah nous on va le faire ». Parfois, par pur provocation, par goût d’être dans les minorités. Il y avait une forme d’élitisme. »

 

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