Mardi 10 février, l’IECA a accueilli Mohamed Mesbah, lauréat 2022 de la Résidence d’écriture Saint-Quirin. A cette occasion, il a présenté son film Still playing, sélectionné dans neuf festivals dont le Festival Traces de vies (à Clermont-Ferrand), catégorie Premier geste documentaire, en 2025.
Cette rencontre était animée par Aurore Renaut, Directrice de l’IECA et Maîtresse de Conférences et Éminé Seker, Directrice du Centre de l’Écriture à l’Image de Saint-Quirin.
Cette rencontre inaugure le début d’un cycle avec la résidence Saint-Quirin : Parcours de cinéastes.
👇 Retrouvez ci-dessous quelques extraits de la discussion.
Présentation de Saint-Quirin
Éminé Seker : « Le centre de Résidence est basé en Lorraine, à Saint-Quirin. […] On accueille depuis 2012 des cinéastes en documentaire, comme Mohamed, en prise de vue réelle ou en animation. On a des appels à projets dont Mohamed a été l’un des lauréats, 2022. Avec un projet qui ressemble un peu au film final mais pas tout à fait. […] On l’a accueilli très en amont de l’écriture. Les profils qui candidatent c’est vous (les étudiants) dans quelques années, voire même à la sortie de l’IECA. Donc ce sont des premiers, voire deuxième film. […] Et cette année on a lancé l’appel à projet pour 2026. […] C’est court-métrage, documentaire, prise de vue réelle et animation. Pour la première fois on a décidé de thématiser le thème, et cette année c’est le bonheur. »
Du montage à la réalisation
Aurore Renaut : « Comment s’est passée l’envie de passer du montage à la réalisation ? »
Mohamed Mesbah : « Comme n’importe quel étudiant en cinéma qui commence, je me suis dit : « Je vais faire des films ». Même si tu n’as pas trop d’idées de comment ça marche tu te dis « Bah je vais réaliser » et après tu te rends compte que c’est un peu compliqué. […] Même si la réalisation me plaisait, à la sortie de l’école j’avais des idées de projets mais ce n’était pas très concret. Ce projet n’est pas arrivé avec une intention véritable de « Je vais être réalisateur et je vais faire ce film ». C’était un moment dans la vie où je m’ennuyais un peu et j’avais besoin de faire quelque chose qui ait du sens pour moi. Je travaillais comme technicien dans un labo mais ça ne me remplissait pas. Donc j’avais envie de meubler le temps que j’avais pour faire quelque chose qui avait du sens pour moi. J’avais envie il y a longtemps de faire un documentaire sur les enfants du camp de Chatila, les cybercafés, la culture du jeu vidéo. C’était un peu embryonnaire. Et j’avais justement un ami qui avait créé sa société de production et il m’a dit « Ah je pense que ce film là c’est un sujet fort, il faut que tu fouilles. » Parce que ce n’est pas facile de se lancer et de se dire « Okay je vais faire un truc et ça va être frais, ça va être concret ». C’est extrêmement dur d’avoir cette foi et cette confiance là-dedans. Donc ça a été un petit coup de pouce mais qui m’a beaucoup aidé. Parce qu’il m’a dit « Vas-y écris le pitch, on va envoyer aux résidences, à tel truc. » Puis de fil à l’aiguille, quand ça a intéressé les gens, j’ai fini par y croire. »
Les imprévus et adaptations des tournages
Aurore Renaut : « Sur l’aspect dispositif, comment ça s’est passé ? Est-ce qu’il y a eu des situations où tu as été peut-être ennuyé par les autorités ? »
Mohamed Mesbah : « Il y a le matériel que j’ai amené sur place et le matériel qu’on a complété. Moi j’ai amené le moins de matériel possible, dont une FX3. […] C’est un bel appareil qui permet de le faire passer pour un appareil photo alors que c’est un très bon capteur, l’image est quasi cinématographique. Après Ibrahim, qui était mon chef opérateur […] il a aussi ramené son matériel, il a ramené son trépied donc on a un peu composé les choses comme ça. »
Aurore Renaut : « Donc vous étiez deux ? »
Mohamed Mesbah : « Des fois on était deux, des fois j’étais tout seul, des fois il y avait un fixeur. On s’est beaucoup posé la question de l’ingé son. En fait Ibrahim je le connaissais déjà, depuis longtemps, du coup c’était assez fluide avec lui. Tout de suite il était chaud sur le projet donc il s’est montré très flexible. Le truc c’est que la Palestine, pour les techniciens c’est compliqué. Beaucoup de techniciens que j’ai rencontré demandent déjà des garanties, par exemple ils veulent des dates. Et c’est compliqué dans cette situation, en tout cas dans le type d’économie que je faisais qui était un documentaire mais qui n’est pas un documentaire TV mais un documentaire de création. Il fallait tout le temps s’adapter à Racheed. Il fallait être fluide, donc au final j’ai renoncé à avoir un ingé son. Du coup, le son qu’on a eu c’était un micro cam posé sur la caméra. »
Le montage
Aurore Renaut : « Ta place dans le documentaire, le fait qu’on t’entende, ce sont des choses qui sont venues au montage ? »
Mohamed Mesbah : « J’étais beaucoup plus présent dans les rushes. […] Mais pourquoi je viens voir cette personne n’est pas la question. C’est l’histoire de cette personne, de ce jeu vidéo et la cause Palestinienne qui est importante, ce n’est pas moi. Je savais que la parole allait être le centre, qu’elle serait importante dans le film, du coup j’ai demandé à un ami très proche, un réal qui avait réalisé un super film. […] Je lui ai demandé « Tu as des trucs à me conseiller, parce que moi j’aimerais bien arriver à bien le faire parler ». Il m’a conseillé des films à regarder et quand j’ai vu ces films, ça m’a complètement retourné dans la manière dont je voyais le documentaire. Parce qu’avant je m’étais dit qu’il fallait être le plus invisible possible pour que tu aies vraiment l’impression que ce soit la réalité, comme s’il n’y avait personne. Denis Gheerbrant dit que « mettre une caméra devant quelqu’un c’est un acte » et en fait vous engagez une responsabilité de la personne. Dans les films, ce qu’il fait est hyper drôle parce qu’il met en scène la manière dont il pousse les gens à parler. Donc dans ses films il y a ce rapport de jeu avec les gens, des fois il est drôle, des fois il est un peu dur, des fois il bouscule. […] Et du coup ça a vraiment changé ma manière de faire les choses et j’ai beaucoup travaillé ça. Typiquement, la première scène où justement j’ai essayé de jouer, de faire des blagues, aussi de renverser le rapport filmeur/filmé. C’est-à-dire plutôt que de provoquer la personne, soi-même se mettre sur le grill. C’est-à-dire qu’est-ce que tu penses, quelle est ma réaction, comment tu juges ma réaction. Et ça créé un rapport beaucoup plus sain parce qu’on n’est plus l’observateur pour l’observé. »
ON SE RETROUVE BIENTÔT POUR DE NOUVELLES RENCONTRES
