Mardi 24 mars, l’IECA a eu le plaisir d’accueillir Claire Dietrich dans le cadre de son partenariat avec la Résidence d’écriture Saint-Quirin. Lauréate en 2018 et ancienne étudiante de l’IECA, la réalisatrice est venue rencontrer les étudiant·e·s présenter son travail et partager avec nous son parcours.

Cette rencontre était animée par Aurore Renaut, Directrice de l’IECA et Maîtresse de Conférences et Éminé Seker, Directrice du Centre de l’Écriture à l’Image de Saint-Quirin.

LE PROJET DE CLAIRE DIETRICH VU PAR LA RÉSIDENCE

Aurore Renaut : « Éminé, est-ce que tu peux nous rappeler comment ça s’est passé, la découverte du projet pour toi ? »

Éminé Seker : « Claire est une vraie cinéaste dans le sens noble du terme, elle a des images en tête. […] Elle a déposé une première fois à Saint-Quirin et elle a d’abord été refusée pour Perce-oreille. Je n’avais absolument rien compris au projet. […] Et on avait dans le comité un certain Thomas Soulignac, qui est déjà venu à l’IECA, c’est un ancien de l’IECA, et il faisait partie de ses lecteurs qui nous ont alerté en disant « mais elle a quelque chose » et on a dit « bon on n’a rien compris mais repostulez ». Et l’année suivante, elle est revenue. Il s’agissait toujours du même projet, mais de manière très conceptuelle. […] Ce qui me frappe chez Claire, c’est à chaque fois des univers ou des mondes qui sont réels, mais pas tout à fait. Et c’est le cas de ses trois films. Et plus elle avance dans son cinéma, et plus cette étrangeté on la ressent. Et le plaisir que moi j’ai eu, c’est qu’on a accueilli Claire pour ses trois films, dans l’écriture et ça c’est assez extraordinaire. C’est des scénarios qui sont des tableaux, je ne sais pas comment l’expliquer autrement, avec des intentions sémantiques et presque philosophiques, ou en tout cas des intentions très fortes. On est moins dans une dramaturgie classique, le film que vous venez de voir (Lazare) n’est pas classique. Perce-oreille l’est un peu plus mais c’est surtout ça qui me frappe. »

LE CINÉMA DE LA BIDOUILLE

Claire Dietrich : « J’ai assez peu de réalisateurs/réalisatrices dans mon entourage, par contre, j’ai beaucoup de gens qui font de la marionnette, du théâtre. Et du coup, le cinéma de genre c’est aussi un cinéma qui est assez concret. Il faut de la bidouille, il faut beaucoup d’accessoires. Et ça, ça me parlait. J’aime beaucoup travailler comme ça. Je trouve ça hyper dur dans le métier de la réalisation, quand on est assis sur sa chaise pendant des plombes, et qu’on regarde des gens qui branchent des câbles, et qui installent des spots, et qu’on ne peut rien faire. Alors que, quand on fait du cinéma de genre, tout de suite, si vous regardez YouTube, il y a un making-off de The Substance de Coralie Fargeat, qui est hyper bien. Et vous la voyez, il y a plein de plans qu’elle a filmé elle-même. Elle met les mains dans le faux sang. Enfin, elle y va, elle participe à la création de son film. Moi, j’aime bien cette place-là, assez active sur le plateau. »

LES REPÉRAGES

Claire Dietrich : « La préparation d’un court métrage normalement, c’est plutôt deux mois environ. Lazare, on l’a préparé pendant 6 à 8 mois, c’est-à-dire que concrètement, on se projetait dans le tournage pendant assez longtemps, parce qu’il y avait plein de questions techniques auxquelles il fallait répondre. Notamment, il fallait qu’on trouve un décor. […] Dans les contraintes qu’on avait, il fallait ne pas voir trop de choses depuis l’extérieur, puisque comme tout s’envolait, si on voyait trop de choses, ça donnait beaucoup de travail aux effets spéciaux. Il y avait plein de contraintes et donc, on a fait énormément de repérages. Les repérages, c’est le moment où on va sur place. J’ai visité, je ne sais pas, peut-être 40 écoles dans toute la Bourgogne. C’était vraiment très fastidieux. »

LE BUDGET DE LA DÉCO A RUDE ÉPREUVE

Claire Diectrich : « J’adore la déco, et je fais des films qui requièrent beaucoup de déco. J’ai des bons producteurs, du coup, ils comprennent ça. Mais aussi, nous, on budgétise les accessoires dans une case à part qui n’est pas celle de la déco. Et comme ça, on gagne des sous. »

Éminé Seker : « Je vais changer de casquette. Je vais passer ma casquette productrice. On fait énormément de VFX, donc c’est très sous-estimé. […] Mais ça coûte très, très cher pour une raison très simple. C’est que sur un plan de financement, très souvent, les producteurs et productrices optimisent énormément de choses. Sauf que la déco ne s’optimise pas. On va réutiliser la même caméra, la même lumière. On a la même équipe, etc. Et la déco, ce n’est pas du tout le cas. Ça, c’est la première chose. Il n’y a pas d’optimisation ou de rentabilisation d’un système. Et l’autre problème, c’est une méconnaissance du métier. Soit le réalisateur et la réalisatrice ont une lucidité et une expérience en disant, attention, ça va coûter cher. Soit on fait venir un chef déco, une chef déco très, très en amont, ce qui est très rare, voire jamais. Et ce n’est pas du tout budgétisé. »

Claire Dietrich : « Oui, c’est vrai que j’ai eu de la chance, mais aussi moi, en fait, je… Comment dire, je mets les mains à la pâte. Je pense que je n’ai pas le profil typique… Forcément, il y a des réalisateurs, réalisatrices, qui travaillent autrement. Mais, par exemple dans Perce-oreille, le magasin de bijoux, on l’a reconstruit, deux semaines avant. Je faisais de la peinture avec Léa, la chef déco. Enfin, comme je sais que c’est un travail ingrat, sous-payé, avec très peu de moyens, je me dis, « bon, moi, au moins, je fournis le moyen humain ». »

LE DOUBLAGE DES JAMBES

Claire Dietrich : « J’ai la chance de passer pas mal de temps avec des marionnettistes. Assez vite, je me suis dit « il faut une doublure pour Lazare ». Là, on m’a dit « il n’y a vraiment pas assez d’argent pour une doublure. Ça coûte trop cher, c’est un salaire de comédien en plus. » Et du coup, je me suis dit « bon, si c’est ça, il faut fabriquer les jambes, puisque les jambes jouent énormément. » […] Tous les plans où on voit les jambes de Lazare, c’est la marionnette. Et ça nous a permis de faire d’autres choses. Puisque c’est quand même un enfant de 10 ans, et il a été vraiment trop génial sur le tournage, mais c’était long pour lui. Et du coup, dès qu’on pouvait filmer ses pieds, hop, on installait les jambes et voilà »

LE CHOIX PROFESSIONNEL

Étudiante : « J’ai vu que là, c’était majoritairement des projets de films courts. Je me demandais si c’était un choix personnel ou professionnel pour débuter. Et si dans le futur, il était prévu que vous envisagiez peut-être des formats longs ou restiez principalement sur les formats courts ? »

Claire Dietrich : « C’est plutôt un choix professionnel puisque on débute rarement directement par un long-métrage. […] Après, moi, je dois dire que j’aime bien le court, parce que c’est un terrain d’expérimentation. Mais là, je viens de tourner un moyen-métrage en moins de jours que Lazare, donc c’était un peu intense. Et là, je commence l’écriture d’un long-métrage. »

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